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Le patrimoine des Causses

Vous êtes invités à embarquer pour une croisière « intérieure » sur cette mer fossilisée appelée « Larzac ». Les îles, ici, sont les rares point d’eau naturels ou bâtis qui jalonnaient des traversées pétrifiées. Les recueils des eaux de pluie sont là comme des objets d’un culte.
Les villages, escales fortifiées, furent pour la plupart fondés par les Templiers au XIIème siècle afin d’approvisionner leurs positions en Terre Sainte et dans la péninsule ibérique. Elles protégeaient, aussi, les pèlerins et les voyageurs dans leurs traversées des Grands Causses. Ces religieux militaires, ici de pacifiques aménageurs, développèrent le pastoralisme ovin lait essentiel à la production de Roquefort.

Du calcaire de la cave au grenier

jasse du cadeLe calcaire appareille l’architecture rustique ou noble, filigrane aux paysages caussenards, des "clapas" aux remparts de la Couvertoirade.

L’architecture des causses s’est construite de calcaire, des fondations jusqu’à la tuile, presque exclusivement. Extrait aux abords du chantier ou dans une carrière proche pour appareiller les murs, les voûtes ou les arcs, maçonné, calibré, taillé pour bâtir les chaînages, les encadrements, l’escalier ou l’évier. Débité en plaque, il façonne les lauzes "la tuilade", les dalles "le fréjal" pour les sols. Chauffé au four rustique, il se pulvérise en chaux qui, associée au "Sabel" de ses arènes dolomitiques, lie les mortiers et les crépis protecteurs.

Une pierre "en voûtée"

La rareté du bois d’œuvre de qualité sur les causses obligera les bâtisseurs à utiliser les techniques de la voûte.

Citernes, toits citernes, caves, celliers, fours, fournils, "jasses" (bergeries), granges, paillets, écuries, logements, greniers, "balets" (balcon), galeries, sont voûtés.

Du sous-sol aux combles, superposées jusqu’à quatre niveaux, accolées, croisées, en berceaux, en arête, en ogives, en arcs, la voûte est l’instrument de la quasi-totalité de l’architecture Caussenarde.

Les jasses

S’il fallait désigner une architecture emblématique des Grands Causses, l’unanimité se ferait certainement autour de la "jasse" (bergerie) des parcours.

Le CAUE de l’Aveyron en fait une description rapide mais pertinente : « Les Grands Causses  furent très tôt des espaces voués au pastoralisme ovin. La Jasse, bergerie, en est l’illustration bâtie. Elément d’une ferme ou isolée sur un parcours, elle est en plus de l’abri des troupeaux, un maillon du recueil des eaux de pluie indispensable à la vie sur les reliefs karstiques par : la "tuilade" (couverture),  "los canals" (chenaux), la "lavagna" (mare artificielle) et la "couperturada" (toit citerne)… le calcaire appareille mur, voûte, arc et couverture, les bois de charpente se raréfiant sur ces territoires. »

La lavogne

lavogneMare naturelle ou aménagée, destinée à faire converger les eaux de pluie pour abreuver les troupeaux de « fèdes » (brebis), elle est aussi fréquentée par les animaux sauvages. Ces points d’eau – de l’occitan lavanha mare, flaque d’eau – sont de toute  première importance pour la conservation de la biodiversité sur les Causses, où le sol calcaire est perméable.

Beaucoup d’oiseaux viennent y boire et s’y baigner ; d’autres (bergeronnette, pouillot, engoulevent) viennent chasser les insectes qui volent au-dessus de l’eau. On y trouve aussi des amphibiens (crapauds, grenouilles, tritons, salamandres), dont les larves peuvent être chassées par des oiseaux au bord de la lavogne. Enfin, l’épervier et l’autour viennent y chasser le merle noir et la grive. La doline – dépression argileuse qui retient donc l’eau de pluie – est une lavogne naturelle.

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